MORLEY (T.)

MORLEY (T.)
MORLEY (T.)

MORLEY THOMAS (1557-1603)

La vie de ce compositeur coïncide à peu près exactement avec le règne d’Élisabeth Ire dont il est l’un des musiciens les plus brillants et les plus représentatifs.

Né à Norwich, Thomas Morley est associé à divers titres à la cathédrale de sa ville, très tôt d’abord comme petit chanteur, puis, vers 1583, comme organiste et maître de chœur. Bachelier ès musique d’Oxford en 1588, il est, la même année, à Londres où il occupe le poste d’organiste à l’église Saint Giles et, en 1590, à la cathédrale Saint Paul. C’est en 1592 qu’il est nommé gentilhomme de la Chapelle royale — titre envié entre tous. Devenu entre-temps l’élève et l’ami de William Byrd, il lui dédiera en 1597 son important ouvrage théorique A Plain and Easy Introduction to Practical Music . De sa vie personnelle on connaît peu de choses, si ce n’est qu’il s’est marié deux fois et qu’il a eu quatre enfants dont le premier, Thomas, est mort en 1589. On sait aussi que, s’étant établi à partir de 1596 dans la paroisse de St. Helen à Bishopgate, il fut le proche voisin de Shakespeare. Il n’est pas impossible que musicien et dramaturge se soient rencontrés: l’une des pièces les plus célèbres des Consort Lessons de Morley, «O Mistress Mine», est chantée par le bouffon dans La Nuit des rois , et l’air non moins illustre du First Booke of Ayres , «It was a lover and his lass», est confié à deux pages dans Comme il vous plaira . L’un des derniers faits que l’on connaisse de la vie de Morley est sa démission de la Chapelle royale en octobre 1602, peu de temps, semble-t-il, avant sa mort prématurée. Ce qui, de toute façon, intéresse la postérité, ce sont les diverses étapes de sa carrière et de sa production.

Son œuvre est dans bien des domaines, sauf sans doute dans celui du madrigal, explicablement marquée par l’influence de William Byrd, même si ce ne fut que trop rarement que le disciple ait égalé le maître.

C’est surtout dans ses motets écrits sur des textes latins — dont quatre figurent dans A Plain and Easy Introduction — que se ressent cette influence, mais elle affleure, ici et là également, dans certains de ses verse anthems et certains de ses «services» — notamment le «service dans le mode dorien» — destinés au culte anglican.

Il n’est jusqu’à ses pièces pour le clavier — orgue et surtout virginal — où l’on ne retrouve dans une certaine mesure un rappel de la griffe de Byrd, même si dans telle «variation» ou telle «fantaisie» Morley enjolive à sa manière par des figures très ornementées des formes de tradition stricte mais relativement ouvertes à des styles divers et personnalisés. Quant à ses autres œuvres instrumentales, si l’on peut voir un reflet de son maître — qui semble n’avoir porté aucune attention au luth dans sa propre production — dans le fait qu’il n’a pratiquement lui non plus rien écrit pour cet instrument (il nous reste de lui une seule pavane publiée en 1610 dans A Variety of Lute Lessons de Robert Dowland), Morley nous offre en revanche une contribution remarquablement originale à la musique d’ensemble avec son First Booke of Consort Lessons (1599), écrit pour six instruments concertants: dessus de viole, flûte traversière, basse de viole, luth, cistre et pandore — combinaison unique en son genre.

Mais le vrai titre de gloire de Morley, bien plus que son First Booke of Ayres (1600), reste le madrigal, qu’il a servi de bien des manières, comme compositeur certes, mais aussi comme éditeur, traducteur, adaptateur et propagandiste.

Propagandiste, c’est bien ce qu’il est dans son traité de 1597 déjà cité, A Plain and Easy Introduction où, sous couleur de faire œuvre didactique, il défend en fait en théoricien la musique italienne, se réservant d’appuyer son discours sur la publication, la même année et l’année suivante, de deux anthologies de pièces italiennes légères.

Traducteur et adaptateur, il s’avère tel lorsqu’il publie, en 1595, deux versions, l’une anglaise, l’autre italienne, de son First Booke of Canzonets to Two Voyces et de son First Booke of Balletts to Five Voyces , l’un et l’autre recueils presqu’exclusivement fondés sur des textes italiens déjà respectivement mis en musique d’une part par Anerio, et d’autre part par Gastoldi et Marenzio.

Éditeur et compilateur, c’est en 1601 qu’il publie en l’honneur de la reine Élisabeth Ire The Triumphs of Oriana , recueil de vingt-cinq madrigaux dont chacun est dû à un musicien anglais différent, Morley s’en réservant exceptionnellement deux. L’idée de ce recueil se fonde une fois de plus sur un exemple italien, celui d’une anthologie publiée en 1592 pour célébrer l’épouse d’un noble vénitien, et chaque madrigal se termine sur un distique: «Then sang the shepherds and nymphs of Diana / Long live fair Oriana», traduction des deux derniers vers d’un des madrigaux de l’anthologie italienne.

Compositeur enfin, c’est bien à son talent propre que Morley fait appel pour écrire, outre ses Canzonets et ses Balletts de 1595, les autres recueils qui ont fait sa gloire, les Canzonets, or Little Short Songs to Three Voyces (1593), les Madrigalls to Foure Voyces (1594) — qui pour la première fois en Angleterre font apparaître le terme générique du «madrigal» —, enfin les Canzonets or Little Short Aers to Five and Six Voyces (1597), où l’art du musicien anglais s’élève au-dessus de ses modèles italiens par les dimensions, la complexité de structure et la qualité polyphonique de l’écriture. Cet art, en effet fortement imprégné d’italianisme, cherche normalement son inspiration dans l’évocation des plaisirs champêtres, la fantaisie, la verve, l’humeur joyeuse, et ne cède que rarement à la séduction de thèmes sérieux, mélancoliques ou passionnés. Thomas Morley, promoteur, fournisseur et animateur de l’école madrigalesque élisabéthaine, occupe incontestablement dans ce domaine la première place parmi ses pairs et reste pour l’ensemble de son œuvre l’un des fleurons les plus prestigieux de la musique anglaise de son temps.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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